Le bruxisme : mieux le comprendre et savoir quand s’inquiéter

Serrer ou grincer des dents à un moment de sa vie arrive à près de 85% de la population. La plupart du temps c’est un acte inconscient, ponctuel. Cela dit, quand cela se répète, quand ce comportement involontaire s’installe, et pour peu que vous présentiez certaines fragilités (dentaires, émotionnelles, articulaires, …), cela peut rapidement nuire à votre bien-être.  La naturopathie s’inscrit logiquement dans l’accompagnement complémentaire de ce type de problématique. 

Découvrons d’abord les grandes notions et particularités concernant le bruxisme pour ensuite comprendre dans quels cas il répond à une fonction et dans quels cas il est souhaitable d’agir. 

Table des matières

Les formes de bruxisme

Le mot « bruxisme » vient du grec et signifie « grincement de dents ». La définition a évolué et le mot bruxisme est devenu « générique », recouvrant plusieurs phénomènes.

Couramment, le bruxisme est vu comme le fait de mettre les dents en contact de manière involontaire (grincement ou serrement), en dehors des fonctions de mastication et de déglutition, qui devraient être les uniques raisons du contact dentaire. Mais le bruxisme peut également se produire sans contact dentaire.

La classification internationale des troubles du sommeil considère le bruxisme du sommeil comme trouble du mouvement lié au sommeil.
A ce jour, dans le monde de la dentisterie, on parlera plutôt de parafonction et plusieurs formes de bruxisme ont été répertoriées, sachant qu’une personne peut en présenter plusieurs.

Concrètement : 

Le GRINDING

C’est le grincement. Il s’agit de bruxisme « excentré ». C’est celui que l’on observe le plus couramment pendant le sommeil. La sonorité du grincement ainsi que l’usure dentaire qui en découle en facilitent la détection. C’est aussi la forme observée chez les enfants, qui usent leurs dents de lait. Il consiste en de micromouvements latéraux de la mandibule. Les maux de têtes matinaux par exemple peuvent en être un signe évocateur.

Le CLENCHING

C’est le serrement. Il s’agit de bruxisme « centré ». Il interviendrait majoritairement le jour mais se produit souvent pendant le sommeil également. Le contact entre les dents est prolongé et parfois très intense. Difficilement détectable, surtout s’il a lieu pendant le sommeil, ses conséquences peuvent être importantes et variées (atteinte du parodonte, déchaussement dentaire, troubles musculo-squelettiques, fatigue, acouphènes, etc).

Le BRACING

C’est un mouvent tonique des muscles masticateurs et de la langue qui n’implique pas toujours de contact dentaire. En gros, c’est serrer/crisper les muscles des mâchoires, maintenir fermement une certaine position mandibulaire. Il a principalement lieu pendant l’éveil et résulte sur d’importantes tensions, voire des blocages de la mâchoire.

Le THRUSTING

C’est un mouvement de forte poussée latérale ou longitudinale de la mandibule avec ou sans contact dentaire. Il peut avoir lieu à l’éveil comme durant le sommeil. L’impact peut être important sur les articulations temporo-mandibulaires.

Le TAPPING

Ce sont des contractions rythmiques de la mâchoire pouvant découler sur des claquements de dents importants. Elles ont lieu pendant le sommeil. Les conséquences peuvent aller jusqu’à la fracture dentaire ou la fracture d’obturation dentaire.

Le JIGGLING

C’est « jouer à faire bouger ses dents » entre elles. Les conséquences peuvent porter sur l’intégrité du parodonte (déchaussement dentaire, inflammation) et au niveau cervical.

Autres parafonctions orales associées :

Les mordillements des joues, de la langue, des lèvres, des ongles ou d’un stylo ; la succion du pouce ; le mâchonnement de chewing-gums.

Signes, détection et prévalence du bruxisme

Signes évocateurs de bruxisme

Dans le cas des grincements de dents, plusieurs éléments clairs permettent de détecter un bruxisme : l’usure dentaire et les plaintes du conjoint sur les bruits.

Dans les autres cas, outre la prise de conscience ou l’éventuelle détection de traces de morsure sur la langue et les joues, les signes indiquant la présence de bruxisme sont moins évidents, d’autant plus que cette problématique est peu connue et prise en compte actuellement.

Voici une liste non exhaustive des autres signes qui peuvent alerter :

  • Une douleur ou une tension à la mâchoire au réveil
  • Un blocage de la mâchoire
  • Un déplacement des dents, des fêlures dentaires ou des dents qui se cassent
  • Des maux de têtes, en particulier au réveil
  • Une fatigue importante
  • Des maux ou tensions au niveau des cervicales, du dos ou des épaules
  • Et même des maux à distance, dans d’autres parties du corps !

Prévalence du bruxisme

Il est actuellement très difficile d’évaluer la proportion de la population touchée par le bruxisme. La classification internationale des troubles du sommeil estime que 85 à 90 % de la population générale grince des dents à un moment de sa vie. Par ailleurs, dans les chiffres issus du monde de la dentisterie, les estimations sont très diverses (5 à 32%) car elles dépendent d’une part de l’auto-déclaration et des diagnostics. Il apparaît plus que probable que les chiffres donnés actuellement soient bien en dessous de la réelle prévalence.

En ce qui concerne le bruxisme de l’éveil, il toucherait :

  • 12% des enfants
  • 22 à 31% des adultes
  • 74% des individus qui ont un bruxisme du sommeil
  • Il concernerait plus les femmes que les hommes

 

Pour le bruxisme du sommeil, la prévalence serait de :

  • 3,5 à 40,6% des enfants (persistance fréquente après l’enfance)
  • 9 à 16 % des adultes
  • 3% des personnes âgées
  • Et il concernerait autant les hommes que les femmes

Détection du bruxisme

C’est le chirurgien-dentiste qui posera le diagnostic et la médecine du sommeil pourra également intervenir. Les méthodes de diagnostic sont nombreuses, voici un aperçu des principales d’entre elles :

  • L’auto-déclaration au chirurgien-dentiste
  • Le questionnaire
  • L’inspection clinique 
  • L’électromyographie couplée ou non à la polysomnographie

Des études et consensus sont toujours en cours pour déterminer UNE méthode de diagnostic.

Classifications du bruxisme

Bruxisme du sommeil et bruxisme d'éveil

  • Le bruxisme du sommeil intervient dans certaines phases du sommeil (plusieurs études ont montré une proportion à 80% dans le sommeil lent léger, et à 20% pendant le sommeil paradoxal, celui où l’on rêve et où l’on récupère émotionnellement). Un épisode de bruxisme peut aussi avoir lieu lors du passage d’une phase de sommeil à une autre. Il est associé à des micro-réveils consécutifs à une nette hausse de l’activité sympathique du système nerveux autonome (élévation du rythme cardiaque notamment) et cérébrale. La position de sommeil semble aussi être un facteur aggravant (sur le dos ou décubitus latéral).  Il pourrait découler d’un dysfonctionnement du système nerveux central. Les mécanismes qui engendrent la dérégulation des neurotransmetteurs et cette activation soudaine du système nerveux sympathique pendant le sommeil dans le cas de bruxisme ne sont pas encore totalement élucidés mais plusieurs pistes ont été mises en lumière et mettent en jeu une « pluri-causalité ». Des émotions (dont refoulées), états émotionnels prolongés, le stress chronique, des traumatismes ont un impact certain sur ce phénomène. Enfin, le bruxisme du sommeil est régulièrement associé à d’autres troubles du sommeil (ex : Reflux Gastro-Œsophagien, apnée du sommeil, mouvements périodiques du corps).
  • Le bruxisme d’éveil s’apparente plus à un comportement involontaire en réaction à une émotion, l’anxiété pour un événement à venir ou un stress ponctuel.  Serrer les dents ou les mâchoires  permet en effet de « décharger », c’est une réponse adaptative pour retrouver un équilibre. C’est l’intensité et la durée de ce type de réponse, ainsi que le fait qu’il y ait des fragilités, qui va induire une nuisance. Cela peut également s’inscrire à terme dans notre fonctionnement inconscient pour en faire la réaction de décharge face à tout type d’événement. Il devient dès lors beaucoup moins aisé d’en « sortir ». 

Bruxisme primaire et bruxisme secondaire

Une différence est ensuite faite entre le bruxisme primaire, idiopathique, c’est-à-dire sans cause identifiable, et le bruxisme secondaire, qui peut être consécutif à une maladie neurologique ou psychiatrique ou induit par certains médicaments ou drogues.

Gradation du bruxisme

On parle enfin de différents « degrés » du bruxisme :

  • Le bruxisme « habituel » : considéré comme une fonction
  • Le bruxisme « actif » : bruxisme important qui a lieu sur des dents et un parodonte solide, considéré comme une parafonction
  • Le bruxisme « sévère » : bruxisme très important ayant lieu sur un terrain dentaire fragilisé, considéré comme pathofonction.

Fonctions et dysfonctions liées au bruxisme

Le bruxisme en réponse à un besoin physiologique

Lorsqu’il ne se présente pas dans une forme sévère, ses effets seraient plutôt bénéfiques : il renforcerait les os et les muscles de la mâchoire, il serait à l’origine d’une réduction du stress, en déchargeant des tensions émotionnelles et il aurait un rôle protecteur pendant le sommeil.

Nous avons vu que les épisodes de bruxisme durant le sommeil faisaient suite à une élévation de l’activité « sympathique » (excitatrice, en résumé) du système nerveux autonome, entraînant un micro-réveil.

Le fait de serrer les mâchoires et en particulier les dents pourrait être une réponse destinée à réactiver l’activité parasympathique pour calmer en quelque sorte le système sympathique et rétablir l’équilibre.

Le bruxisme est d’ailleurs régulièrement observé chez des personnes présentant des apnées du sommeil et des RGO (reflux gastro-œsophagiens). Au niveau des apnées du sommeil, les micro-réveils sont en lien avec le manque d’oxygène. Il est d’ailleurs fréquent de voir des épisodes de bruxisme leur succéder (en particulier pour les personnes qui dorment sur le dos, car cela comprime les voies aériennes). En effet, le manque d’oxygène active le système nerveux sympathique et l’épisode de bruxisme interviendrait pour rétablir l’équilibre et faciliter le passage de l’air. Cependant il n’y a à ce jour pas de corrélation établie (lien de causes à effets) entre le bruxisme et les troubles respiratoires. De même, le bruxisme augmente le débit salivaire (contrôlé lui aussi par l’activité parasympathique) et peut donc répondre à un besoin de lubrification et de protection en cas de bouche sèche ou de reflux et être en lien avec des RGO.

Le système nerveux autonome coordonnant la sécrétion de salive, la respiration et l’acidité gastrique, le bruxisme répondrait donc à des besoins d’homéostasie (capacité du corps à maintenir son équilibre). Ceci explique pourquoi le bruxisme n’est pas toujours une « pathofonction ». Dans ces cas, il pourrait même être qualifié de bruxisme secondaire.

Cela dit, lorsque nous identifions que nous faisons du bruxisme du sommeil, il y a lieu de se demander s’il n’y a pas d’autres problématiques adjacentes comme celles décrites à l’instant et inversément.

Quand le bruxisme devient problématique

Nous venons de voir que dans certains cas le bruxisme pouvait servir à rétablir un équilibre.

La plupart du temps c’est un acte inconscient/involontaire mais quand vous vous en rendez compte, c’est qu’il est déjà bien installé ou qu’une des conséquences de sa « sévérité » est apparue. Encore faut-il faire le lien entre ce qui vous arrive et le fait de présenter du bruxisme.

Car les conséquences du bruxisme sont très variées. En fait, elles dépendent du terrain et des prédispositions de chacun, d’une part de la résistance physique de l’organisme (de la solidité des dents et du parodonte, des muscles et articulations), et d’autre part de la résistance physiologique (adaptation au stress, immunité, …) et émotionnelle. Identifier le bruxisme comme étant « la cause » d’une autre problématique est également compliqué car la plupart des conséquences peuvent avoir également d’autres origines. Cela dit, voici donc un aperçu de ce qui a été principalement observé aujourd’hui comme conséquences.

Les conséquences: 

La SPHERE BUCCALE

  • Morsure de la langue et des joues
  • Hypersensibilité dentaire
  • Déplacements et hypermobilité dentaire
  • Usures, fêlures, fissures et fractures dentaires
  • Augmentation du risque de pulpites, nécroses
  • Perte d’implants et d’obturations dentaires
  • Parodontopathies
  • Déchaussement et pertes dentaires
  • Diminution de la dimension verticale d’occlusion

La MACHOIRE et les ARTICULATIONS

  • Tensions, inconforts, myalgies
  • Hypertrophie des muscles masticateurs
  • Douleurs et dégénération de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM), dysfonctions temporo-mandibulaires (DTM)
  • Déformation, compression déplacement du disque de l’ATM pouvant mener à de l’arthrose
  • Blocage de la mâchoire (en position ouverte ou fermée)
  • Altération de la fonction manducatrice
  • Limitation de l’ouverture buccale

La TETE, le CORPS et le SYSTEME NERVEUX

  • Céphalées, migraines
  • Acouphènes, vertiges
  • Troubles du sommeil, fatigue et fatigue chronique
  • Tension et/ou douleurs au niveau des muscles temporaux, des cervicales, du dos, des épaules et du diaphragme
  • Troubles posturaux
  • Augmentation de l’excitation nerveuse (stress system, anxiété), moins bonne gestion des émotions
  • Dépressions
  • Praxie (c’est à dire que le cerveau enregistre par défaut le bruxisme comme comportement d’adaptation)
  • Démangeaisons du cuir chevelu ou dans l’oreille

Santé dentaire, occlusion, émotions, stress chronique, système nerveux, inflammation, muscles et articulation, douleurs, sommeil, sont autant de sphères concernées par le bruxisme.

Les dernières recherches dans le domaine s’accordent à dire que la survenue du bruxisme est souvent multifactorielle et principalement d’origine nerveuse (système nerveux central (SNC)/système nerveux autonome (SNA)) et psycho-affective. Par ailleurs, de nouvelles études mettent en lumière l’existence de causes génétiques (polymorphisme) au niveau de certains gènes intervenant sur le circuit dopaminergique et sérotoninergique (la sérotonine est impliquée au niveau central dans l’activité masticatoire ainsi que dans les réveils nocturnes et la dopamine dans la régulation des mouvements stéréotypés). Des recherches doivent encore être menées pour approfondir cette découverte. La « causalité » diffère aussi selon qu’il s’agisse du bruxisme d’éveil ou du sommeil.

Or, quand le bruxisme est excessif, çela envoie des projections excitatrices au niveau du cerveau et du système nerveux, contribuant à une inflammation cérébrale, ce qui rend encore plus compliquée la bonne gestion émotionnelle et la capacité à répondre de manière appropriée à un événement. C’est ce qui fait qu’il est très compliqué de sortir de cette problématique. 

Il convient donc d’agir dès l’identification du bruxisme. 

Conclusion

Le bruxisme est une problématique qui recouvre plusieurs dimensions. Si ponctuellement ce comportement peut répondre à un besoin d’équilibre, il peut, en particulier dans des périodes anxiogènes comme on les vit maintenant, devenir une réelle source d’inconfort.

Et sa survenue ou sa découverte n’est pas à sous-estimer car le mécanisme peut rapidement se transformer en automatisme.

Ce qui rend l’accompagnement du bruxisme installé compliqué, c’est qu’il nécessite l’intervention de plusieurs spécialistes pour agir sur les causes et prévenir les conséquences. Et comme nous avons pu le voir, il n’y a pas un mais DES bruxismes, avec des impacts très variés sur le bien-être. Il n’existe donc pas d’accompagnement « type ».

S’il y a bien une notion importante dans notre sujet, c’est celle d’INDIVIDU. La réponse adaptative, les limites, la santé, l’environnement de chaque individu étant différent, c’est bien dans la recherche de causes individuelles et dans la prise en compte des conséquences qui sont liées qu’il conviendra d’avancer. C’est pour cela que la naturopathie, par son approche globale et individualisée, prend tout son sens pour accompagner cette problématique en complément des autres métiers concernés. Je vous invite d’ailleurs à consulter le lien suivant pour connaître ma vision sur l’accompagnement du bruxisme : https://virginielepeer-naturopathie.com/dentaire/

Références disponibles sur demandes.

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